La recherche scientifique sur le fascia offre des découvertes passionnantes, mais leur accès reste souvent ardu. La Tissual Balancing Academy propose des synthèses des travaux les plus novateurs, ceux qui éclairent véritablement notre compréhension du tissu conjonctif.
L’article qui suit restitue fidèlement une étude récente de l’équipe de Caterina Fede et Carla Stecco à l’Université de Padoue, publiée dans la revue Biology.
Une découverte qui change la perspective
Cette étude montre pour la première fois que les cellules du fascia humain possèdent des récepteurs aux hormones masculines, et que la dihydrotestostérone (DHT) modifie la production de collagène selon le taux d’hormone présent — avec une réaction différente selon les taux féminins et masculins.
Cette découverte ouvre des perspectives majeures pour comprendre les différences entre hommes et femmes en matière de santé musculosquelettique.

Pendant longtemps, les fascias ont été considérés comme un simple “emballage” anatomique. Aujourd’hui, les recherches révèlent qu’il s’agit d’un tissu vivant, capable de répondre à des signaux mécaniques, nerveux… et hormonaux.
Les travaux de l’équipe de Padoue avaient déjà démontré que les œstrogènes et la relaxine modifiaient profondément la production de collagène dans le fascia. Désormais, une nouvelle pièce s’ajoute au puzzle :
🏋️♂️ Dihydrotestostérone (DHT)
La forme active de la testostérone, influence, elle aussi, la matrice fasciale — avec un effet qui varie fortement selon les doses.
💃 Oestrogène
Sa quantité augmente beaucoup durant l’ovulation.
🤰 Relaxine
Sa quantité augmente aussi beaucoup durant l’ovulation et durant la grossesse.
Fascia et hormones féminines : un tissu très réactif
Avant d’aborder les hormones masculines, rappelons ce que les études précédentes ont montré :
Les œstrogènes assouplissent le fascia
– diminution du collagène de type I (le plus résistant)
– augmentation du collagène de type III (plus souple)
– augmentation de la fibrilline
➡️ Le fascia devient plus élastique, notamment lors de l’ovulation et de la grossesse.
La relaxine réduit la fibrose
Elle favorise une matrice moins dense, permettant au bassin, à l’utérus et à l’abdomen de s’adapter aux contraintes mécaniques importantes, notamment durant la grossesse.
La ménopause rigidifie le fascia
Avec la chute des œstrogènes :
– hausse du collagène I
– baisse des fibres élastiques
C’est sûrement pour cette raison que les femmes en peri-ménopause ou ménopausées souffrent plus de douleurs et de troubles musculosquelettiques.
➡️ Le fascia devient plus rigide.
Études in vivo
Une étude d’élastographie a montré que les femmes sous contraceptif hormonal présentent un fascia thoracolombaire plus souple que les non-utilisatrices.
Ces travaux ont posé une question logique :
👉 Les hormones masculines font-elles, elles aussi, varier la structure du fascia ?
L’étude : les fibroblastes possèdent-elles des récepteurs aux androgènes ?
L’équipe Fede–Stecco a analysé des échantillons de fascia lata et de fascia thoracolombaire provenant de deux femmes et deux hommes.
Résultats clés :
- Les récepteurs aux androgènes (AR) sont présents dans les fibroblastes.
- Chez les deux sexes.
- Dans les deux types de fascia.
- Les récepteurs se trouvent dans le cytoplasme et le noyau, comme attendu.
➡️ Le fascia est bel et bien un tissu hormonoréactif, incluant une réponse aux androgènes.
Un effet dose-dépendant… et paradoxal
Les fibroblastes isolés ont été exposés à trois concentrations de DHT :
– 0,4 ng/mL → taux féminins
– 4 ng/mL → taux masculins moyens
– 10 ng/mL → taux masculins élevés
Puis les chercheurs ont mesuré :
– collagène total
– collagène I
– collagène III
🔹 À faible dose (0,4 ng/mL) : le fascia devient plus rigide
– collagène I : 2,09 % → 4,80 %
– collagène III : 10,46 % → 3,32 %
➡️ Forte augmentation du collagène I
➡️ Forte baisse du collagène III
➡️ Rigidification de la matrice extracellulaire
👉 Effet paradoxal n°1
Les faibles taux d’androgènes (taux féminins) augmentent la fibrose potentielle.
🔹 À dose masculine (4 et 10 ng/mL) : préservation de l’équilibre
– collagène total : légère diminution
– collagènes I et III : variations minimes
– aucun déséquilibre majeur
👉 Effet paradoxal n°2
Plus les taux d’androgènes sont élevés, moins le fascia réagit.
Ce que cela implique : un fascia cyclique chez les femmes, stable chez les hommes
Chez les femmes :
– faibles androgènes → réponse pro-fibrotique
– fluctuations hormonales → variations de la tension fasciale selon le cycle
– ménopause → rigidification durable
Cela peut expliquer :
– l’incidence plus élevée de douleurs myofasciales chroniques dans différents moments du cycle, grossesse, peri-ménopause, ménopause.
– une plus grande sensibilité aux blessures liées aux fascias (fasciite plantaire, syndrome de douleur du grand trochanter)
– des variations de performance selon la phase du cycle menstruel
Chez les hommes :
– taux d’androgènes élevés et stables → matrice extracellulaire plus homogène
– moins de variations de rigidité avant la bascule hormonale (andropause)
– meilleure capacité de transmission de force via le fascia
– moins de douleurs myofasciales chroniques (mais une élasticité moindre dans certains contextes).
Un tournant pour la compréhension du fascia
Cette étude rejoint une série d’observations cliniques et biologiques :
– les androgènes freinent les processus fibrotiques dans plusieurs tissus.
– ils maintiennent la musculature.
– leur déficit provoque la perte de la masse musculaire → fascias rétrécis, douleurs, manque de mobilité, faiblesse musculaire.
– les thérapies de substitution modifient la structure du tissu conjonctif.
– les inhibiteurs hormonaux (ex : inhibiteurs d’aromatase) impactent le confort musculosquelettique.
🙌 Bonne nouvelle
Ce cercle vicieux peut être rompu ! Une pratique régulière combinant Tissual Balancing® et mouvement permet de maintenir la souplesse et la vitalité des fascias, même face aux fluctuations hormonales.
Elle ouvre aussi la voie à des approches cliniques personnalisées :
– meilleure compréhension des effets secondaires musculosquelettiques des traitements anti-hormonaux (inhibiteurs d’aromatase chez les patientes atteintes de cancer du sein)
– rééducation adaptée au profil hormonal (difficile à mettre en place mais très intéressant).
– optimisation du timing des interventions chirurgicales en fonction du cycle menstruel.
– développement des thérapies hormonales ciblées pour moduler les propriétés fasciales (par exemple chez les femmes ménopausées souffrant de douleurs chroniques).
📚 À lire aussi : Massage des trigger points et cancer du sein
Conclusions : le fascia, un véritable organe hormonoréactif
Cet article apporte un message fondamental :
➡️ le fascia n’est pas un tissu passif, mais un tissu qui réagit aux hormones masculines comme féminines.
➡️ Et cette réponse n’est pas linéaire : elle est dose-dépendante et parfois paradoxale.
Cela enrichit profondément notre compréhension des différences entre hommes et femmes en matière de douleurs, de performance, de récupération et de vieillissement musculosquelettique.
La recherche continue, et nous continuerons à synthétiser les travaux les plus pertinents pour éclairer ce champ passionnant qu’est la biologie du fascia.
Un énorme merci à tous ces chercheurs-trouveurs motivés qui n’arrêtent pas de nous éclairer.
Rédacteur, Assaf Cohen – Montpellier, septembre 2025

Glossaire
Androgènes
Hormones dites “masculines” (testostérone, DHT) présentes chez les deux sexes et jouant un rôle clé dans la composition et la régulation du tissu conjonctif.
Dihydrotestostérone (DHT)
Forme biologiquement active de la testostérone. Elle se fixe avec une forte affinité sur les récepteurs aux androgènes et module la production de collagène de manière dose-dépendante.
Récepteur aux androgènes (AR)
Protéine située dans le cytoplasme et le noyau des cellules. Lorsque les androgènes s’y fixent, ils déclenchent des changements dans l’expression des gènes liés à la structure du tissu.
Matrice extracellulaire (MEC)
Réseau de protéines (collagène, fibres élastiques, glycoprotéines) qui constitue l’architecture du tissu conjonctif. Sa composition détermine la rigidité, l’élasticité et la capacité de transmission des forces.
Fibroblastes
Cellules responsables de la fabrication et du remodelage de la MEC. Elles produisent notamment le collagène et répondent aux signaux mécaniques et hormonaux.
Collagène I
Type de collagène le plus résistant, associé à une structure tissulaire rigide et solide.
Collagène III
Collagène plus fin et souple. Il confère au tissu une meilleure élasticité et une capacité d’adaptation accrue.
Homéostasie tissulaire
Équilibre dynamique permettant au tissu de conserver des propriétés mécaniques stables malgré les variations hormonales ou mécaniques.
🔗 Article de référence
Fede C, Sun Y, Zhao XX, Angelini A, Ruggieri P, Stecco C. Effect of Androgens on Human Fascia. Juin 2025.
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