Dans l’article précédent — Ventouses : comprendre ce qui se passe vraiment sous la peau — nous avons exploré comment les ventouses fonctionnent et comment on les utilise dans la méthode Tissual Balancing®. Mais deux questions reviennent systématiquement :
« Pourquoi certaines personnes affichent-elles des marques violettes impressionnantes alors que d’autres n’ont qu’une trace rosée, voire pas de trace ? »
Et : « Où peut-on poser les ventouses sans danger ? »
Cet article répond en détail à ces deux questions pratiques. Avec des explications claires et des exemples visuels.

→ Lire l’article précédent : « Ventouses : comprendre ce qui se passe vraiment sous la peau«
🟣 Les marques violacées
Pourquoi certaines personnes marquent-elles plus que d’autres ?
Tout le monde ne marque pas de la même manière. Certaines personnes affichent des cercles violets impressionnants après quelques minutes de ventouse. D’autres, à peine une trace rosée. Pourquoi ?
Plusieurs facteurs entrent en jeu :
Intensité de la succion | Plus elle est forte, plus la rupture capillaire est importante. Plus de globules rouges extravasés = marques plus sombres. |
Durée d’application | Maintenir la ventouse plus longtemps amplifie l’extravasation. Les capillaires continuent de se rompre, l’hémorragie locale s’étend. |
État tissulaire initial | Des fascias déshydratés, des adhérences, une inflammation préexistante modifient la réponse locale. |
Vascularisation locale | Le dos, les épaules, les trapèzes sont richement vascularisés. Les marques y sont plus prononcées que sur des zones moins irriguées. |
Fragilité capillaire individuelle | Certaines personnes ont des parois capillaires plus fragiles (constitution, âge, médication anticoagulante, carences). Elles marquent plus facilement. |
Ces marques évoluent naturellement au fil des jours et le temps qu’elles mettent à disparaître est très variable… de 1 jour à plusieurs semaines !
Ce qu’elles ne sont PAS (mythes à déconstruire)
Il est temps de déconstruire quelques idées reçues tenaces.
❌ Un indicateur de « toxines évacuées »
Les toxines ne se stockent pas dans les capillaires. Le foie, les reins, les intestins gèrent l’élimination des déchets métaboliques. Les marques violacées résultent d’une extravasation de globules rouges — rien de plus.
❌ Les marques persistantes ne seraient pas des hématomes
Lorsque les ventouses provoquent une extravasation de globules rouges, le corps les dégrade exactement comme pour n’importe quel hématome :
- d’abord l’hémosidérine (brun)
- puis la biliverdine (vert)
- puis la bilirubine (jaune)
Si une marque change progressivement de couleur au fil des jours, c’est bien un hématome — identifiable, mesurable et soumis aux mêmes étapes biologiques. Rien de mystérieux, rien de spécifique aux ventouses : simplement la physiologie normale du métabolisme des pigments sanguins.
❌ Une preuve que « ça marche »
L’efficacité thérapeutique n’est pas proportionnelle à la couleur des marques. On peut obtenir d’excellents résultats sans aucune marque visible, et laisser des cercles violets sans aucun bénéfice clinique.
❌ Un objectif en soi
Chercher à « bien marquer » est une erreur clinique. Ce n’est pas un indicateur de qualité du traitement, ni une preuve de compétence du praticien.
Soyons clairs : que la peau marque ou ne marque pas, cela ne change rien à l’efficacité du traitement. On peut laisser des marques visibles ou n’en laisser aucune — cela n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est ce qui se passe dans les tissus, pas ce qui apparaît en surface.
🌈 Les couleurs
Elles ne mesurent pas l’efficacité du soin mais racontent ce que le tissu vit. Selon la zone, la vascularisation et la fragilité des capillaires, la peau réagit différemment.
💡 À retenir :
L’important, c’est le mouvement retrouvé, pas la couleur sur la peau
Une couleur intense ≠ meilleur soin
Absence de couleur ≠ inefficacité
Les marques indiquent juste que le corps répare les micro-lésions.
🌋 L’effet cratère
Au-delà des marques colorées, la ventouse révèle quelque chose d’encore plus intéressant : l’état du tissu lui-même.
À la pose, un « cratère » s’élève dans la ventouse, mais sa base reste accrochée à la structure profonde : le tissu ne se décolle pas complètement; la base reste « scotchée » à la structure profonde.
C’est le signe que les tissus ont besoin d’être réhydratés. Le fait de ramener de l’eau non liée dans cette zone va inflammer légèrement le tissu, qui va remonter à nouveau pour retrouver un glissement idéal.
Le principe compression/décompression
Avant d’aller plus loin, revoyons le principe fondamental que nous avons précédemment évoqué : à chaque fois qu’on crée une décompression à l’intérieur de la ventouse, on crée également une compression identique tout autour.
👉 C’est cette logique — compression = décompression — qui dicte où on peut et où on ne peut PAS poser une ventouse.
Rappel du mécanisme :
• À l’intérieur de la ventouse : décompression (aspiration vers le haut)
• À l’extérieur, sur le pourtour : compression (pression vers le bas)
Ce double phénomène n’est pas un effet secondaire — c’est une conséquence mécanique directe du principe physique. Il doit toujours être pris en compte dans le choix de l’emplacement.
La compression périphérique
Ce que beaucoup de praticiens ignorent, c’est que la partie qui entoure la ventouse subit elle aussi un phénomène de compression.
Le bord de la ventouse appuie sur le tissu — pensez à l’éponge qu’on presse, et l’eau qui s’échappe.
⛔️ Zones interdites et contre-indications
Puisque la compression peut être dangereuse pour des zones fragiles ou des structures vitales, on ne pose jamais de ventouses sur :
⚠️ Les réseaux vasculaires importants
Sur la carotide, la compression pourrait entraver la circulation sanguine vitale.
⚠️ Les structures délicates
Imaginez ce qui se passerait si on posait une ventouse sur les globes oculaires.
La compression serait catastrophique.
⚠️ Les zones où la compression représente un risque
Zones inflammées aiguës, varices importantes, peau lésée ou brûlée. Sur une inflammation aiguë (elle pourrait amplifier la réaction locale).
Contre-indications médicales
Au-delà des zones anatomiques, certaines conditions médicales représentent une contre-indication :
• Traitement anticoagulant (risque hémorragique accru)
• Troubles de la coagulation (hémophilie, thrombopénie)
• Peau fragilisée (eczéma sévère, psoriasis en poussée, brûlures)
• Infections cutanées actives (risque de dissémination)
⚙️ Aspects pratiques
Problèmes techniques et solutions (ventouse qui ne tient pas)
Première cause : le diamètre de la ventouse ne correspond pas à la forme de la zone traitée.
Solution : réduire le diamètre. Si ça ne tient pas, on prend plus petit. On réduit.
Deuxième cause : zone poilue.
Solutions :
• Raser ou épiler la zone
• Utiliser une quantité d’huile suffisante — la couche d’huile va créer un meilleur vide entre la peau et la ventouse
• Combiner : huile + diamètre réduit
💡 Conseil pratique
L’effet d’une toute petite ventouse isolée sera limité. Visez plusieurs endroits stratégiques plutôt qu’une seule grande zone.

Fréquence d’utilisation
On peut utiliser les ventouses tous les jours — à une condition : ne jamais reposer une ventouse sur une zone qui a réagi au niveau des couleurs.
Si la zone devient même légèrement rose pâle, on attend quelques jours avant d’y revenir. On ne pose pas de ventouse sur la même zone le lendemain, ni le surlendemain.
Pourquoi ?
Parce que les marques indiquent qu’une rupture capillaire a eu lieu. Le corps est en train de réparer ces micro-lésions. Lui laisser le temps de se régénérer, c’est respecter le processus de guérison.
Et pour la durée, l’intensité, le dosage précis ?
La réponse dépend de nombreux facteurs : l’état tissulaire, l’objectif thérapeutique, la tolérance individuelle, et surtout la manière dont on combine ventouse et mouvement.
Dans la méthode Tissual Balancing®, ces paramètres s’ajustent en fonction de ce qui se passe dans le mouvement lui-même.
⚠️ Erreur fréquente
On pense souvent que laisser la ventouse plus longtemps « renforce » l’effet. En réalité, prolonger la pose peut annuler le bénéfice et provoquer une réaction excessive — inflammation trop importante, marques profondes, douleur résiduelle.
💫 Les ventouses dans une séance Tissual Balancing®
Dans l’article précédent, nous avons exploré le rôle du mouvement dans la méthode. Ce principe mérite d’être rappelé de nouveau ici, car il définit l’usage spécifique des ventouses dans notre approche.
En Tissual Balacing, le but est de redonner du mouvement là où c’est bloqué. Dans ce contexte, une ventouse posée sans mouvement ne sert à rien. Pour cela, il faut que la personne bouge pendant que la ventouse aspire les tissus.
C’est cette combinaison — décompression tissulaire + mouvement actif — qui permet au cerveau de reconstruire un schéma moteur fonctionnel. Le tissu glisse différemment. Le cerveau découvre que le mouvement est possible sans alerte. La carte motrice se met à jour.
Sans mouvement, la ventouse crée une simple décompression locale. Avec mouvement, elle devient un outil de rééducation neurologique.
C’est pour cette raison qu’en Tissual Balancing® : on pose et on bouge. Immédiatement. Toujours.
CONCLUSION
D’énormes cercles violets sur le dos, des cratères difformes — c’est spectaculaire. On aime bien regarder ce qui est bizarre, dérangeant. On like, on commente.
Mais ce spectacle-là ne dit rien du résultat.
Le vrai changement se voit autrement : quand un bras qui ne montait plus retrouve son amplitude, quand une rotation bloquée redevient fluide. Ça aussi, on peut le filmer. Vous avez dû remarquer que j’adore vous montrer ces avant/après-là, car ils ont du sens — ils montrent que le mouvement est revenu.
Le reste — marques, cratères, rougeurs — n’est qu’un effet du mécanisme sans lien direct avec le résultat.
Rédacteur : Assaf Cohen, Aix-en-Provence – été 2025

Glossaire
Décompression / Compression
Lorsque la ventouse aspire les tissus vers le haut (décompression), une compression équivalente apparaît tout autour du bord de la ventouse. Ce couple mécanique est la clé de son action… et de ses limites.
Capillaires
Plus petits vaisseaux sanguins, chargés des échanges entre le sang et les tissus. Leur rupture explique l’apparition des marques colorées.
Extravasation
Sortie de globules rouges hors des capillaires vers les tissus. C’est le mécanisme réel à l’origine des marques après une ventouse.
Vascularisation
Organisation et densité des vaisseaux sanguins dans une zone. Elle influence directement l’intensité et la couleur des marques.
🔗 Quelques références pour aller plus loin
Zhang, P. et al. (2024) – Quantitative evaluation of microenvironmental changes induced by low-pressure cupping based on photoacoustic imaging.
Montre que selon l’intensité de la pression négative, la ventouse peut soit améliorer la microcirculation, soit provoquer une extravasation capillaire mesurable — ce qui explique pourquoi certaines marques apparaissent et pourquoi elles ne sont ni un objectif ni un indicateur d’efficacité.
➜ https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2213597924000788
Mohamed, A.A. et al. (2023) – Evidence-based and adverse-effects analyses of cupping therapy in musculoskeletal and sports rehabilitation: a systematic review.
Montre que la ventouse (en pose statique) a des effets modestes et très peu d’effets indésirables, ce qui permet de lire les marques comme un phénomène physiologique normal plutôt que comme un indicateur d’efficacité.
➜ https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.3233/BMR-210242
Tham, L.M., Lee, H.P., Lu, C. (2006) – Cupping: from a biomechanical perspective.
Explique mécaniquement pourquoi la décompression sous la ventouse crée une compression périphérique équivalente — base physique des zones à éviter et des contre-indications.
➜ https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16126216/
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